02/04/2012

Récit de la naissance de Poussinette - vu par mon Jardinier

Plus d'un an après le récit de naissance que j'avais rédigé, voici celui de mon Jardinier (la patience est une vertu...), et ça valait la peine d'attendre!


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Il ne va pas fort, le réveil. C’est à dessein; moi, il me réveille, mais le son n’atteint pas l’oreille de ma moitié, de l’autre côté du lit. Et en ces temps de fin de grossesse pour elle, où le sommeil est parfois perturbé, chaque minute de sommeil est une minute de gagnée. De même, je me glisse le plus silencieusement possible hors du lit, avant de quitter la chambre sans avoir allumé.

Le rituel est à vrai dire toujours le même. Je suis le premier levé et en général parti quand le reste de la maisonnée s’éveille. Là, nous sommes le 13 janvier, et à 6h45, heure du réveil, il fait encore nuit noire. Aujourd’hui, je suis directement debout, j’ai un rendez-vous avec un client important à 9h00 au centre de la capitale, et il vaut mieux partir en temps et heure pour éviter tout retard dû à des embarras de circulation.

Petit détour par la salle de bains pour y prendre le rasoir sur batterie qui me permet de démontrer à l’envi que les hommes sont bien multi-tâches et je m’apprête à descendre pour brancher le percolateur et prendre la première de mes deux tasses de café habituelles.

En arrivant sur le palier, la lampe est allumée en bas. Aurais-je oublié d’éteindre hier soir ? Que non ! Appuyée sur le dossier d’une chaise de la cuisine, il y a Stef, que je pensais avoir laissée endormie à mes côtés dans notre chambre. Le sourire est grand, quoique légèrement crispé: elle ressent les toutes premières contractions…

 

Elle m’épate, elle m’épate!

Petit retour en arrière: en sus de deux grands garçons, 14 et 11 ans, en time-sharing, nous avons aussi un fils de deux ans et demi et attendons donc le ou la quatrième d’ici une quinzaine de jours. Depuis quelques mois déjà, Stef me dit qu’elle sent que le bébé arrivera à l’avance. Et j’évacue son pressentiment d’un geste évasif en disant qu’il peut tout aussi bien arriver plus tard.

Parlons-en, tiens, de la définition du «à terme» pour un bébé. Notre gynécologue (surtout celui de Stef, vous vous en douterez) s’est empressé, lors de la grossesse pour Troisième-du-Nom de nous préciser que les dates qu’affichent les impressions d’échographies sont très approximatives et qu’un bébé est considéré à terme dans une fourchette entre 38 et 41 semaines.

Lors de la dernière visite prénatale, en décembre, notre gynécologue avait pris la précaution d’annoncer qu’il serait absent jusqu’au 11 janvier inclus, au grand désarroi de Stef et de sa prévision d’un accouchement anticipé.  Au cas où, une visite de contrôle est planifiée dès son retour, le 12 janvier. Et ce rendez-vous, hier donc, s’était plutôt très bien passé: une petite ouverture et on sentait la tête du bébé. Il était donc en position pour arriver à sa meilleure convenance. Par deux fois, précédemment, le bébé s’était retrouvé en siège et Stef, par un des artifices dont certaines mères ont le secret sans en avoir le contrôle, l’avait fait se retourner. Et donc, voilà le toubib revenu, et aussitôt, implicitement, le travail se met en place. Et là, je dis: elle m’épate: inconsciemment (j’imagine!), contrôler les réactions de son corps pour arriver à ses fins, c’est du tout grand art!

Et à vrai dire, c’est plutôt une constante chez elle. Lors de l’arrivée de Troisième-du-Nom et, afin de préserver sa santé à elle, il était prévu de provoquer l’accouchement. Absolument inutile, la machine s’était tranquillement mise en route la veille, lui permettant un accouchement comme elle l’avait souhaité.

Pour le coup, ce sont les premières contractions, mais il est déjà clair que je ferai défaut à mon rendez-vous professionnel. Stef passe un petit coup de fil à sa mère pour qu’elle vienne s’occuper du fiston qui dort toujours et, dans l’intervalle va prendre un bain pour apaiser les douleurs. J’en profite, fait rarissime, pour déjeuner. Comme j’avais pris le temps de dîner (et aussi d’arroser mes plantes, mais ça, c’est une autre histoire) lorsque les premières contractions s’étaient manifestées pour Troisième-du-Nom. Après tout, on ne sait jamais combien de temps l’accouchement va prendre et autant s’être rempli l’estomac au préalable, la maternité ne prenant jamais soin des pères.

Le bain n’a rien apaisé, au contraire, les contractions se sont amplifiées et rapprochées. Aussi, sans attendre l’arrivée de ma belle-mère, nous nous mettons en route. Le fiston est encore dans un lit-cage, tout au plus, s’il devait se réveiller de manière anticipée, devra-t-il attendre quelques minutes l’arrivée de sa grand-mère.

La meilleure position pour véhiculer une dame sur le point d’accoucher, c’est bien connu, c’est à quatre pattes sur la banquette arrière. Il est bientôt 8 heures, il fait encore noir, et la circulation est faible, donc la réputation est sauve. Tout à la joie de cet accouchement à venir, Stef ne me presse pas comme pour Troisième-du-Nom, et nous arrivons donc tranquillement, et sans pression, à la maternité. En rejoignant l’ascenseur, nous croisons un couple de personnes âgées qui nous gratifie d’un sourire plein d’encouragements.  En se présentant à l’étage de la maternité, que Stef avait pris la peine de prévenir avant que nous ne quittions la maison, nous sommes dirigés vers une salle d’accouchement à l’opposé de celle que nous avions occupée la fois précédente. Et le décor a changé aussi: une large tenture pend comme une liane depuis le plafond. Un autre couple est arrivé presqu’en même temps, visiblement, nous ne serons que deux, situation idéale pour la disponibilité du service médical.

 

Mél-Annie, Marie-Claude et… Zorro

Elles seront deux aussi, dans un premier temps. Mélanie, l’infirmière attitrée et Annie (diminutif de je ne sais plus quel prénom composé), terminant son stage de spécialisation en accouchement.

La déception se lit sur le visage de Stef: elle a 5 centimètres d’ouverture. Lorsque nous nous étions présentés pour la naissance de Troisième-du-Nom, elle avait 9 centimètres d’ouverture et moins de deux heures après, il était né. Là, elle voit les 4 centimètres d’écart qu’elle traduit en heures additionnelles de travail, surtout qu’elle était la veille à 3 centimètres. J’ai beau lui dire que 5 centimètres, c’est déjà pas mal et que, comme ce n’est pas le premier, cela peut aller très vite. Mais contrairement à la fois dernière, elle n’a pas encore perdu les eaux, et nous sommes donc «moins avancés». La question de la péridurale est évacuée d’un «non, merci» poli et ferme et nous sommes laissés seuls pour faire progresser l’accouchement. Nous avons à notre disposition un ballon de 70-80 cm de diamètre sur lequel Stef se place. Quelques ondulations du bassin plus loin, et la poche des eaux se rompt. La machine est en route! Stef ressent tout de suite le besoin de pousser, sans tolérer encore que Mélanie ne l’examine. Annie est présente aussi, et on voir clairement une petite pointe d’angoisse sur leurs deux visages. A l’évidence la délivrance est plus proche que nous ne le pensions il y a encore quelques instants. Mélanie s’empare de son téléphone pour appeler un gynécologue, si possible le nôtre et surtout, sans délai. Et pendant qu’elle amorce sa conversation téléphonique, la porte s’ouvre et le gynécologue, NOTRE gynécologue, apparaît dans l’embrasure. Zorro est arrivé. Et nous n’en avons pas fini avec les super-héros.

Stef peut prendre les positions qu’elle veut. Au début, elle se met sur le côté, c’est comme cela qu’elle se sent le mieux. Ils sont quatre, maintenant: Mélanie, Annie, le Gynéco et Marie-Claude, la responsable des accoucheuses. Et là, le Gynéco, il voit l’occasion de mettre sa vision en scène.

Je ne sais plus si nous sommes arrivés chez lui par hasard ou s’il nous avait été conseillé, mais tout de suite, ça a collé entre nous. Et quand je dis nous, c’est Stef, le toubib, et moi. Lui et moi, parce qu’on partage un humour affirmé. Mais surtout, il a accompagné Stef dans sa prise de conscience des possibilités de grossesse et maternité naturelles, écarté par des tournures de phrases ironiques tout ce qu’on trouve «dans les livres», surtout dans les best-sellers. Mais comme il est parfaitement conscient que toute future mère veut se renseigner, trouver des réponses à ses interrogations, ou, tout simplement, se préparer, il a conseillé un livre, un seul.  Livre qui a été lu de manière compulsive, annoté et flanqué de marque pages. Et puis, il apaise les angoisses en se référant à la maternité suprême: la femme africaine qui se prend en charge seule. Il n’est donc pas de ceux qui imposent une position d’accouchement, il sait qu’une femme «sent» comment elle doit se mettre.


Le Grand Bazar

Une discussion avec Stef de trente secondes, et le voilà qui s’agite: La grande tenture accrochée au plafond, et probablement récupérée lors du relooking de sa maison, on va s’en servir! Mais pour cela, il faut qu’elle soit accessible… comme on ne peut pas déplacer le crochet du plafond, on va placer le lit en dessous. Et voilà les trois dames qui s’agitent de concert en s’échinant à placer le lit exactement où il le souhaite. Mais à l’évidence, elles ont l’habitude, il paraît qu’il démonte la salle d’accouchement à chaque fois. C’est sûr, la pièce fait tout de suite moins rangée, le lit est de travers au milieu de la pièce, la tenture positionnée en tête de lit.

Stef est maintenant à genoux, appuyée sur un ballon semblable à celui qui a permis à la poche des eaux de se rompre. Si elle le souhaite, la tenture est à portée de main. Marie-Claude la soulage par un massage aux huiles essentielles dans le bas du dos, jusqu’au moment où le toucher insupporte Stef. Les contractions sont rapprochées, les cris liés à cette douleur spécifique se rapprochent. Je suis face à elle et mon ventre lui sert soudainement d’exutoire. Deux belles rangées de dents imprimées à travers mes vêtements. Le regard des infirmières est étonné et admiratif à la fois quand elle lâche un «non, ça ne fait pas mal» entre les contractions. Marie-Claude a un brumisateur, qu’elle teste en priorité sur moi, en réponse à je ne sais-quel commentaire. Mais pouvoir rafraîchir Stef est une aide bienvenue.

 

Self-Made Women

Le choix du titre s’impose comme une évidence, tant il synthétise bien ce qui se passe à partir de ce moment là: Stef s’accroche à la tenture quand elle sent l’envie de pousser, l’accompagnant d’un cri rageur et prolongé tout au long de la poussée. Personne ne l’aide, ce n’est pas nécessaire. Marie-Claude est à proximité pour lui donner, si elle le souhaite, un toucher de proximité et de soutien, Mélanie est sur le côté du lit et Annie et Zorro sont accroupis, au bout du lit. A chaque poussée, Zorro commente, fin pédagogue, à destination d’Annie, et à voix trop basse pour que nous l’entendions ce qui se passe au niveau du bassin. Après une poussée (et un cri) plus longue que les précédentes, il encourage simplement: «Ca y est, la tête est sortie, il faut terminer, maintenant». Les dernières poussées sont les plus dures, le temps de faire passer les épaules, et puis Stef expulse doucement le nouveau-né dans les mains d’Annie qui s’était bornée à attendre qu’il arrive. Annie le dépose sous Stef, toujours à 4 pattes, et spontanément, Stef commence à parler au bébé. Pas de pleurs en ce qui le concerne, non, juste quelques mouvements pour se repositionner comme il le souhaite.

La démonstration est phénoménale! Bien préparée dans sa tête et dans son corps, une femme peut, s’il n’y a pas de complications ou de problème de positionnement du bébé, s’accoucher, au sens propre du terme, seule. Et l’avoir fait est pour Stef un accomplissement.

Avant que le staff médical ne quitte la pièce, nous laissant entre nous, après que Stef se soit replacée sur le dos avec le bébé posé sur elle, le Gynéco me demande de couper le cordon. Stef avait bien demandé à ce qu’on vérifie que celui-ci ne batte plus avant de le couper. Tout à notre joie de la réussite formidable de l’accouchement, c’est une vérification que j’omets.

Il est temps aussi de vérifier le sexe du nouveau-né, puisque nous avions demandé à ce qu’il ne nous soit pas communiqué avant la naissance. Et là, joie suprême, c’est une fille, apportant la touche de féminité voulue dans une fratrie de trois garçons… Self-Made Women II est arrivée est née vers 9h30, soit finalement un quart d’heure plus vite que Troisième-du-Nom.

Tellement vite, finalement, qu’aucune chambre n’est prête pour nous accueillir de suite et que nous restons dans la salle d’accouchement, encore quelques heures…

 

07:18 Écrit par Stef dans Maternage | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Quel récit émouvant!!
On sent qu'il a pour toi un amour immense et une admiration et une fierté incroyables!
Chanceuse va! ;-)

Écrit par : Val | 02/04/2012

Très, très émouvant. je ne me lasse de lire et relire ce récit et ....je fonds. Quelle tendresse, quel amour. Je ne cesse de vous admirer avec ENORMEMENT DE FIERTE.
BRAVO cher Jardinier, BRAVO chère Stef.
Mille bisous à vous tous.

Écrit par : Nadette | 03/04/2012

Quel magnifique moment, et tellement bien raconté !
Et puis tellement éloigné de ma propre expérience personnelle !
Ah, si j'avais pu être aussi bien entourée mon fils aurait évité cette overdose de morphine qu'on m'a injectée, rien que pour accélérer le travail et libérer le gynéco pour son dîner dominical...
Aujourd'hui il ne serait pas handicapé mental profond...

Écrit par : Moi | 09/04/2012

Quelle belle description de la naissance de Poussinette!

Écrit par : ApprentieMaman | 12/04/2012

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