04/06/2012

Doula?

 

Depuis mi-mars, j'avais préparé certaines choses:

-        un sac dans ma voiture avec un essuie de bain, de l'huile à l'arnica, un bloc de feuilles, un crayon, un  chargeur gsm, des biscuits et de l'eau;

-          des vêtements pour Lapinet sur sa commode;

-          des vêtements pour Poussinette dans sa chambre;

-          des vêtements et des chaussures confortables pour moi;

-          le plein de carburant de ma voiture était fait;

-          mon Jardinier savait où déposer les enfants le matin et où les récupérer le soir.

 

Mais pourquoi donc?  Je ne suis pourtant pas enceinte.  Moi non, mais une amie, oui!  Enfin, une amie; maintenant je peux l'appeler comme cela, mais au mois de mars, je l'appelais plutôt "une connaissance".

 

Comment donc passe-t-on du stade de "connaissance" à "amie", en intégrant la liste des choses que j'ai énumérées ci-dessus?  En assistant à son accouchement par exemple!  Oui oui!!!

 

Quelques semaines avant le terme prévu de sa grossesse, elle m'a demandé si j'accepterais de l'accompagner lors de son accouchement.  Quelle surprise!  J'ai tout de suite répondu que oui … puis j'ai pensé à la logistique que j'allais devoir mettre en place si le bébé arrivait en journée (qui irait rechercher Lapinet à l'école et où est-ce que je déposerais Poussinette).

 

Il s'agit de sa quatrième grossesse.  Elle a toujours accouché sous péridurale (et a un mauvais souvenir du contact avec l'anesthésiste lors de son dernier accouchement) donc elle souhaite mettre toutes les chances de son côté pour éviter la péridurale cette fois-ci.  A savoir, une personne qui l'épaulerait pendant le travail.

 

Le col était effacé depuis quelques jours mais pas d'ouverture ni de contractions, juste le ventre qui durcissait par moment.  Il faut préciser que mon amie n'est pas du genre "pépère à la maison" et qu'elle se repose peu.

 

Pendant une semaine, mon gsm ne m'a pas quitté (même pour aller nourrir les chevaux ou les poules) et le téléphone fixe m'a accompagné dans la salle de bain lors de la mise en pyjama des enfants et sur la table de nuit de la chambre pendant mon sommeil.  Dès que je rentrais à la maison, je filais voir si j'avais un message sur le répondeur.  Mes déplacements se sont également limités, et surtout, pas trop loin de la maison.

 

J'ai relu quelques chapitres du livre d'Isabelle Brabant "Pour une naissance heureuse", bien qu'elle m'ait demandé de ne rien lire et de tout faire "au feeling".  Ok, mais j'avais besoin de revoir un peu le vocabulaire à utiliser pour rassurer une future maman lors des contractions douloureuses.

 

Puis un dimanche soir, le 25 mars, vers 20h, elle m'appelle pour me dire qu'elle a des contractions, elle a pris un bain mais elles sont toujours bien présentes.  Elle ne pense pas que l'accouchement est pour tout de suite mais préfère me tenir au courant.  J'étais déjà en pyjama en prévision d'aller dormir tôt, et voilà que je suis ragaillardie et prête à foncer à la maternité.  Un peu de temps passe, les enfants sont au lit, je suis dans le bureau avec mon Jardinier (chacun sur son pc) quand je me retourne et je vois une très grosse araignée sur le mur.  Je lui demande de l'enlever et c'est à ce moment que le téléphone sonne à nouveau (il est 21h30): les contractions sont bien présentes et elle va se mettre en route avec son mari pour rejoindre la maternité.  Nous nous donnons rendez-vous là-bas.

 

Waouw, génial, je vais assister à un accouchement!  Je suis toute excitée!  Je file me changer et me voilà prête à partir, à faire le même chemin qu'une année auparavant, dans (presque) le même état d'esprit, mais sans la douleur.  Un gros bisou à mon Jardinier, quelques consignes et un "merci de me laisser vivre cette expérience" puis je file.  Il est 21h40.

 

Je suis tellement impatiente que je roule vite.  Oh là, il ne faudrait pas arriver avant elle quand même (j'habite à 20 minutes de la maternité)!  La musique de la radio ne me plaît pas, j'appuie sur "cd" et c'est Springsteen qui dans le lecteur, super, j'arrive à la maternité au son de "The river", c'est parfait.  J'attends un peu avant de sortir de la voiture, j'ai l'impression d'arriver trop tôt, et j'observe le ciel, la lune est montante.

 

Je sors de la voiture et me dirige vers la maternité, je me revois faire le même chemin que pour la naissance de ma Poussinette et j'ai un pincement au cœur.  Les couloirs sont vides.  J'arrive, je demande si mon amie est déjà là.  Non.  La sage-femme a l'air un peu surprise de me voir, et de ne pas être au courant de l'arrivée de mon amie.  Je m'assois et quelques minutes plus tard, elle arrive avec son mari.  Il est 22h05.

 

Elle informe la sage-femme que j'assisterai à l'accouchement et nous nous rendons dans une salle d'accouchement.  Au bout du couloir à droite, je ne sais pas si c'est la même que lorsque j'ai donné naissance à Lapinet et Poussinette, mon Jardinier pourrait répondre à cette question aisément.

 

Elle s'installe, dit qu'elle ressent les contractions mais qu'elle n'a pas mal (tant mieux! – mais je trouve cela surprenant tout de même).  Il est 22h40, la sage-femme lui demande si elle peut l'examiner (j'apprécie sa demande et non pas son injonction).  Le col est ouvert de 3 cm.  C'est un bon début!  On place un monitoring et on perçoit bien les contractions, mais mon amie ne ressent rien.  Elle taille un brin de causette avec la sage-femme, comme si elle venait pour une visite de courtoisie.  La sage-femme baisse l'intensité de la lumière et quitte la salle.  Son mari et moi, nous découvrons les lieux, il se met en quête d'un gros ballon, je sors les cds qu'elle souhaite écouter, prends le flacon d'huiles essentielles dont elle m'a parlé, prépare les petits vêtements du bébé.  Tout va bien.

 

Il y a une liane dans cette salle, je lui explique qu'elle peut s'en servir pour s'y accrocher et s'étirer, mais elle trouve une autre manière de l'utiliser, elle se penche sur le nœud et se balance, les jambes tendues et le dos à l'horizontale.  Je lui dis qu'elle ne doit pas hésiter à bouger, se mettre dans la position qu'elle a envie.  Elle s'assied sur le ballon et fait de petits sautillements.  Contrairement à moi, qui m'en servais pour balancer mon bassin.  Mais peu importe, je ne veux rien imposer, je m'assure juste qu'elle adopte les positions dans lesquelles elle se sent bien.

 

Les contractions sont toujours présentes, mais pas ressenties.  Elle me demande un massage, je ne sais pas trop comment masser, alors je frotte délicatement mais fermement le bas de son dos ou le bas de son ventre.  Je lui dis qu'elle peut demander à ce qu'on enlève le monitoring s'il la gêne.  Et je lui rappelle qu'elle peut se mobiliser comme elle l'entend.

 

Il est minuit, elle est fatiguée (son mari et moi aussi).  Elle s'allonge dans le lit.  Je vais chercher un second fauteuil et je m'installe d'un côté du lit, et son mari de l'autre.  Nous faisons un peu plus connaissance, à savoir, comment j'ai rencontré mon mari et comment elle a rencontré le sien.  L'ambiance est très décontractée, nous rigolons bien.  Elle grignote quelques graines (je ne sais plus lesquelles) et moi je mange mes biscuits.

 

Vers 2 heures, elle ressent les contractions, elles sont douloureuses.  La sage-femme demande à l'examiner et son col est ouvert de 6 cm.  Tout cela en restant allongée et en discutant (en pensant à autre chose quoi), super!  On lui pose un cathéter, pour "avoir une entrée au cas où", mais on n'y connecte rien.

 

La douleur se fait plus intense.  Elle marche beaucoup, s'assied sur le ballon, se pend à la liane, demande un massage, le spray brumisateur sur son visage, et fait des sons graves (ooooooooooohhhhhhhhhhhhhhhhhh), que nous reprenons en cœur, son mari et moi.  Elle a un fameux souffle, parce que nous n'arrivons pas à tenir aussi longtemps qu'elle!  Elle a suivi des cours de chant prénatal et je remarque que les sons l'aident beaucoup à canaliser la douleur.  Je lui parle, beaucoup, répétant qu'elle doit accepter la douleur, ne pas la repousser, se connecter avec son bébé qui fait son chemin, contraction après contraction, que l'arrivée de son bébé est imminente, qu'elle est forte, que tout ce qu'elle fait est bien.  Je lui demande si le monitoring la dérange, elle l'enlève.  Elle a chaud, elle a mal.  Je me revois pour la naissance de Poussinette, adoptant exactement les mêmes positions.  Elle marche jusqu'à la salle où se trouve la baignoire, mais ne veut pas prendre de bain.

 

A 3 heures, nouvelle demande d'examen: dilatation complète.  Je la félicite en lui disant que la fin est toute proche, que le plus dur est fait.  Elle sent l'envie de pousser et demande à se coucher dans le lit, sur le dos.  C'est la position qu'elle a toujours adopté pour ses autres accouchements (avec une péridurale, je crois qu'on n'a pas trop le choix).  Je n'aime pas trop cette position car je sais que ce n'est pas une position qui facilite l'expulsion, mais si elle se sent bien comme cela, je la respecte, c'est elle qui sait.  Elle pose ses pieds sur une grande barre qui traverse le lit, à la hauteur de ses genoux plus ou moins.  Et elle pousse.  Je ne suis pas une spécialiste des accouchements, mais je trouve qu'elle pousse bien.  Elle n'a pas perdu les eaux et la sage-femme lui demande si elle peut percer la poche.  Je demande si c'est nécessaire.  Elle me répond que, au stage ou en est l'accouchement, c'est une question de minutes donc autant le faire (moi j'aurais dit: "autant laisser faire la nature") mais mon amie accepte.  J'étais aux premières loges pour voir cette opération et elle a utilisé un objet qui ressemble très fort à une baguette pour manger chinois, avec un petit crochet au bout.  La baguette semblait être en bois, mais en y réfléchissant, j'imagine qu'elle est dans un autre matériau, plus stérile ou alors le bois peut e stériliser???  La sage-femme a percé la poche délicatement et mon amie n'a pas eu l'air d'avoir mal pendant cette opération.

 

Le bébé avance, doucement, mais il avance.  Puis, plus rien, plus l'envie de pousser et quand elle pousse (sans contraction), le bébé n'avance pas.  La sage-femme me demande si je veux venir voir les cheveux du bébé.  "Oh oui!" avec un grand sourire!  Je m'attendais à voir la tête affleurer, mais non, la tête était encore bien loin, dans mon amie.  Je l'encourage et lui dit que son bébé est tout près, qu'il arrive, qu'elle doit fournir encore quelques effort.  Elle pousse (et je pousse avec elle), de plus en plus fort, mais rien ne se passe à nouveau.  Je demande à la sage-femme si elle pourrait changer de position, pour permettre au travail de se relancer, elle me dit que ce n'est pas la peine, que le bébé est tout près.  La sage-femme dit à mon amie qu'elle a l'impression qu'elle retient son bébé, qu'elle ne veut pas le laisser sortir (peut-être se dit-elle que, comme c'est son quatrième, ça sera son dernier et donc qu'elle veut le garder encore en elle?).  Je demande à mon amie si elle veut changer de position, elle me dit qu'elle est bien comme cela.  Mon amie pousse encore.  Rien.  Je lui tiens la main, son mari tient son autre main.  La gynécologue arrive, elle est jeune et souriante.  Elle parle doucement, encourage mon amie, lui demande de pousser autrement (en bloquant sa respiration) mais rien ne change.  Je demande à la gynécologue si elle pourrait changer de position, mais elle me répond que le bébé arrive.  Une autre sage-femme, plus jeune, est également près du lit.  Mon amie dit qu'elle a envie de vomir, qu'il y a trop de monde autour d'elle.  Vite, je m'écarte (et son mari aussi je crois).  Elle ne vomit pas mais semble mieux respirer.  Elle dit qu'il faut qu'on l'aide, qu'elle n'y arrivera pas.  Alors je prie pour que la gynécologue ne sorte pas la ventouse.  Ouf, elle ne le fait pas et continue à stimuler mon amie.  Elle pratique une épisiotomie, mon amie n'a rien senti, re-ouf!  Je crois que je suis en nage, la chaleur et le stress, mais qu'est-ce qu'il se passe?  Que puis-je faire?  Encore une fois, je demande si elle peut changer de position.  "C'est pas la peine, il arrive".  Bon, j'ai compris le message, je ne demanderai plus (mais quand même, si ça bloque, on pourrait essayer autrement et se remettre sur le dos si on voit que ce n'est pas mieux???).

 

Le bébé sort finalement la tête, et là, on comprend pourquoi l'expulsion était difficile, au lieu de regarder vers le dos de sa maman, il regardait vers son ventre.  Il ne présentait donc pas la partie de sa tête la plus facile pour s'engager.  La gynécologue aide le bébé à pivoter pour passer les épaules et le bébé naît, à 3h30!  Trente minutes des poussées douloureuses et intenses.  Mais c'est fait, elle a accouché sans péridurale!  Je verse une larme, elle me remercie, me dit qu'elle n'y serait pas arrivée sans moi.  Je suis heureuse!  Son bébé ressemble à son grand-frère, il est calme, sur le ventre de mon amie, ne cherche pas encore à téter, se repose (bein oui, après ce qu'il vient de vivre!).  Je me recule, je ne me sens plus à ma place, je la laisse avec son mari (et la gynécologue qui recoud l'épisiotomie).  Je descends à la voiture pour aller chercher le sac avec ses vêtements pour le séjour à la maternité.  La gynécologue est toujours occupée, le bébé est au chaud sur sa maman, je m'éclipse et je reprends mes esprits: je suis fatiguée par la demi nuit blanche, fatiguée d'avoir "poussé" avec elle, fatiguée du stress et de la tension lors de la dernière demi-heure, j'ai faim et soif.

 

Je remonte dans ma voiture, la lune est toujours là, Sprinsteen aussi, je suis sur un petit nuage.

 

Je rentre à la maison, je vais faire un bisou à mon Lapinet et je verse une larme en le regardant, me remémorant les premiers instants avec lui.  Pas de bisous à ma Poussinette qui ne passe pas encore ses nuits, si jamais elle décidait de dormir toute sa nuit cette fois-ci, je ne veux pas perturber son sommeil…  Puis je me glisse dans le lit à côté de mon Jardinier en lui disant que tout s'est bien passé et que je suis contente.  J'ai un peu de mal à trouver le sommeil et, lorsque je me réveille, ma première pensée à été pour le bébé.

 

Aujourd'hui, quelques mois après cet événement, j'ai un petit goût amer tout de même: si elle avait changé de position, le travail se serait peut-être remis en route et l'expulsion aurait peut-être été plus rapide.  J'aurais peut-être dû insister encore et encore.  J'aurais aimé qu'on le fasse si j'avais été à sa place.  Mais la situation était délicate, je ne suis pas infirmière.  Et puis, si elle avait accouché avec un autre gynécologue, peut-être aurait-il entendu ma demande?  Je sais, avec des si… mais bon, je me pose encore la question même si cette expérience a été fabuleuse.  Merci à mon amie de m'avoir fait confiance et m'avoir permis de vivre un accouchement "vu de l'autre côté".


Doula.JPG

Le ballon et "la liane"

07:57 Écrit par Stef dans Maternage | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Toujours aussi émouvant!Merci à Toi de nous faire partager ces moments ô combien magiques

Écrit par : Nadette | 05/06/2012

En effet, quelle merveilleuse expérience! Cela m'avait beaucoup ému quand tu me l'avais racontée.
Tu as dû être une doula très patiente, respectueuse, à la fois présente et discrète... Ne rejoue pas la scène avec des "si", la mère et l'enfant ont vécu ce moment bien à eux, à leur manière, c'est bien ainsi et cela fait partie de leur histoire.

Écrit par : LaVAche Kikou | 05/06/2012

Quel privilège de partager ce moment extraordinaire ! Ton récit est très émouvant, sa ne t’intéressais pas de faire "doula"?

Écrit par : Mélina | 08/06/2012

Très très émouvant... Ton texte transpire ta gentillesse, ta patience, ton désir de respecter la vie, la nature, la femme,...
Comme j'ai de la chance de te connaitre!!

Écrit par : Val | 08/06/2012

Bon sang, ça n'a plus rien à voir avec mon accouchement il y a 33 ans !
Dire que c'est là qu'ils ont bousillé mon gamin, dire que c'est leur médicalisation extrême de l'accouchement qui lui a coûté sa vie d'homme "normal". Je suis contente de lire qu'aujourd'hui, l'accouchement en milieu médical a retrouvé une forme de visage humain...
Mais c'est trop tard pour mon fiston et pour MOI...

Écrit par : Moi | 09/06/2012

@ Nadette et LaVache: merciiiiiiiiiii!

@ Mélina: non, pas de formation en vue pour l'instant (mais j'attends les "demandes" avec impatience :-)))

@ Val: C'est très gentil ce que tu écris, moi aussi j'ai de la chance de te connaître!

@ Moi: Je suis désolée de lire ce que tu écris à propos de ton fils, vraiment. Bises.

Écrit par : Stef | 10/06/2012

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